Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


jeudi 20 juin 2013

Abdelwahab Meddeb: Solidarité avec Amina


    Solidarité avec Amina. — Extraordinaire Amina, dont l'acte pose avec éloquence les questions qui comptent. D'avoir diffusé son image aux seins nus où rôde le spectre islamiste nous met face aux enjeux qui orientent le destin d'une société. Amina a explicité sa mise en scène en inscrivant sur son corps les mots qui justifient son geste. Elle a écrit en arabe sur sa poitrine et ses seins: «Ce corps m'appartient, il n'est l'honneur de personne». Son acte se réclame de l'habeas corpus / "Sois maître de ton corps". Amina propose une énonciation qui avalise l'énoncé du droit fondamental à disposer de son corps. L'opération engage le sujet et fait émerger l'individu par l'usage du pronom de la première personne. L'individu souverain n'est plus assujetti à la servitude de la communauté.

    Amina se sépare du groupe en niant l'implication de l'honneur de qui que ce soit lorsqu'elle décide de faire de ses seins une arme de combat. Ainsi abolit-elle le crime d'honneur dont se croient investis les mâles qui ont un lien de sang avec le sujet féminin.

    L'acte d'Amina est politique. Il réclame une avancée juridique, celle qui invoque l'habeas corpus, auquel résistent bien des autorités, quand bien même il serait actif depuis 1679.

    À cette revendication s'ajoute celle de la liberté de conscience, que les islamistes refusent d'inscrire dans la Constitution qu'ils sont en train de finaliser. Le geste d'Amina est au cœur du moment historique que vit le pays. Il a pour ambition de s'attaquer à la norme islamique de la 'awra, celle qui gouverne le voilement du corps féminin au prétexte qu'il suscite la fitna, cette séduction qui, par la sédition qu'elle provoque, instaure le désordre dans la cité. Telle position implique soit la sortie de l'islam, soit le recours à une interprétation qui l'adapte à l'évolution des mœurs.

    Une telle interprétation (dont se réclame Amina) arrache l'islam du sol patriarcal où les femmes sont opprimées et qu'Amina dénonce à travers son refus de céder son corps à l'honneur dont sont gardiens les mâles liés au nom par le sang.

    L'audace et le courage d'Amina se sont de nouveau manifestés lorsqu'elle est allée à Kairouan, le 19 mai, jour où les salafistes ont décidé de tenir congrès (interdit). Elle voulait se confronter à ceux qui sont contre l'habeas corpus, contre la liberté de conscience, pour le patriarcat, pour le crime d'honneur. Elle a été arrêtée après avoir tagué sur le muret du cimetière face à la Grande Mosquée le mot "Femen", le groupe de protestation féminine par seins nus auquel elle est affiliée. Elle est déjà passée devant le juge qui l'a condamnée à une amende de 300 dinars (150 euros) parce qu'elle était en possession d'un aérosol lacrymogène. Ce n'est qu'une arme d'autodéfense dérisoire au vu du risque qu'elle encourait face à des ennemis prompts à lyncher tout contradicteur. D'autant plus qu'un prédicateur salafiste a réclamé qu'Amina soit lapidée à mort. Pire encore: tel juge a refusé de libérer Amina, contrevenant aux dispositions élémentaires de l'habeas corpus selon lesquelles il doit libérer le corps qui s'est présenté à lui en cas d'absence de délit ou de charges insuffisantes. Au lieu de son élargissement, le juge l'a accablée d'accusations graves, celle d'atteinte à la pudeur, de trouble de l'ordre public, d'association de malfaiteurs. Ainsi se prépare un procès inique. Comme au temps de la dictature, le juge assimile à un acte délictueux une action politique, pacifique, en conformité avec la règle démocratique. De surcroît, le juge détourne des dispositions du droit positif, du qanûn, pour conforter la norme héritée de la charia et du fiqh, la casuistique qui en ordonnançait le corpus.

    Nous dénonçons cette double manipulation. Et réclamons la libération immédiate d'Amina — qui suscite notre admiration. Non seulement son action fait avancer la cause des femmes dans un milieu où elles sont considérées comme le symptôme du mal, mais encore elle participe au combat pour la liberté et le droit dans une Tunisie laboratoire pour toute la territorialité islamique.

    Si nous gagnons un tel combat, le monde gagnera; si nous perdons, avec nous le monde perdra.

    De l'image d'Amina aux seins nus se dégage une étrange proximité avec le portrait de Gabrielle d'Estrées et d'une de ses sœurs, le fameux tableau de l'école de Fontainebleau, «blonde, dorée, d'une taille admirable, d'un teint d'une blancheur éclatante»: autant de traits qu'Amina a en partage avec l'amante d'Henri IV. Le poète baroque Agrippa d'Aubigné (1552-1630) lui attribue un grand rôle politique, c'est elle qui aurait poussé le roi à signer l'Édit de Nantes, destiné à apaiser la guerre des religions et à instaurer la coexistence des croyances; il dit aussi de son image aux seins nus: «C'est une merveille comment cette femme de laquelle l'extrême beauté ne sentait rien de lascif». On peut porter le même jugement sur Amina en réponse à ceux qui assimilent sans discernement la mise à nu au sexe.

    Et pour ceux, nombreux en Tunisie, qui estiment que la mise en scène du nu (politique ou artistique) est une intrusion de la société occidentale, je vais leur ouvrir les yeux en les conviant à jouir d'une peinture provenant du même XVIe siècle, Shirîn au bain, composée par Soltân Mohammed, à Tabriz, vers 1540, pour illustrer un épisode de la Khamseh du poète Nizami: torse nu, les seins en partie à découvert sur le trajet des tresses, cette œuvre issue du monde islamique croise celle de Fontainebleau et participe à l'esthétique du nu pour en enrichir la longue histoire.

    Gloire à Amina, qui, par les moyens d'aujourd'hui, a inscrit son nom et son corps dans cette séculaire tradition iconique. — Abdelwahab Meddeb, écrivain et universitaire. Article paru dans Le Monde du 11 juin 2013.

    © Photographie: Amina Tyler, Agence AFP, 2013.

mardi 4 juin 2013

Film 22. Bonus: 30" pour Quentin Blumenroeder et Jean-Marie Cousset.

    Notre première commande. L'association "Dom Remi Carré" (lien en commentaires) entreprit il y a une quinzaine d'années de réunir les fonds pour doter l'abbatiale charentaise de Saint-Amant-de-Boixe d'un orgue Renaissance, instrument rarissime en France.

    Des centaines de donateurs, parrainage de Gustav Leonhardt, aboutirent à cette unique cérémonie liturgique dite de l'éveil de l'orgue, célébrée ici par l'évêque d'Angoulême. Où l'animisme visite le fond du sacré. Grâce aux amateurs d'orgue, notre bout filmé le plus vu à ce jour!

 En bonus, en commentaires: "Trente secondes pour Quentin Blumenroeder et Jean-Marie Cousset", première ouverture publique des volets par le facteur de l'orgue et leur peintre.


Film 21. Nouvel orgue dans le mauvais temps, qu'ils avaient donc du courage

    Notre première commande. L'association "Dom Remi Carré" (lien en commentaires) entreprit il y a une quinzaine d'années de réunir les fonds pour doter l'abbatiale charentaise de Saint-Amant-de-Boixe d'un orgue Renaissance, instrument rarissime en France.

    Des centaines de donateurs, parrainage de Gustav Leonhardt, aboutirent à cette unique cérémonie liturgique dite de l'éveil de l'orgue, célébrée ici par l'évêque d'Angoulême. Où l'animisme visite le fond du sacré. Grâce aux amateurs d'orgue, notre bout filmé le plus vu à ce jour!

    En bonus, en commentaires: "Trente secondes pour Quentin Blumenroeder et Jean-Marie Cousset", première ouverture publique des volets par le facteur de l'orgue et leur peintre.


vendredi 31 mai 2013

Jean-Pierre Le Goff: La gauche se trompe


    Qu'il n'y ait pas méprise. Nous avons souvent écrit ici que Mai 1968 fut certainement la plus importante lutte ouvrière du siècle, ne serait-ce que par son ampleur et sa durée. Par exemple le 4 mai 2008: Mai-juin 68 valent mieux qu'une messe, justement contre ces façons de falsifier ou de mythifier les faits pour mieux les détruire en faisant mine de les encenser. Ici, "Mai 68" est certainement à comprendre dans son acception médiatique, qu'avec Jean-Pierre Le Goff certainement, nous refusons de cautionner.

    D'autre part, nous ajouterions, pour y être aussi souvent revenu que, si les dernières élections présidentielles ont permis d'assainir les conditions d'un débat qui n'était plus gouverné que par la haine anti-sarkozyste, les limites du nouveau président étaient patentes, aussi bien en termes de clarté du projet que de capacité à rassembler des forces qui ne soient pas fédérées uniquement par une sorte de nouveau «tout sauf», qui pour la deuxième fois montre sa nocivité historique. Il n'y a donc probablement pas lieu à désillusions, puisque d'illusions nous pouvions être à même de ne pas en avoir. Notre dossier Vers 2012, aujourd'hui clos évidemment, composé de quatorze articles entre le 18 décembre 2009 et le 16 mars 2012 jalonnent la montée de cette évidence.

    Les mêmes tours de passe-passe continuent et l'essentiel de ce texte de Jean-Pierre Le Goff paru dans Le Monde du 25 mai dernier est là: «Considère-t-on que les questions sociétales constituent désormais le nouveau marqueur identitaire de la gauche, et ce à un moment où la politique économique menée est difficilement assumée, ou encore que la gauche sociale est désormais inséparable de la gauche sociétale? Si oui, il faut admettre qu'un seuil a été franchi: la question sociale, qui a façonné l'identité historique de la gauche, n'occupe plus la place centrale.»

    Fiasco politique des élites soixante-huitardes. — La gauche se trompe et renoue avec ses vieux démons sectaires: elle se veut la propriétaire attitrée de Mai 68 et de tout mouvement social. Aussi s'empresse-t-elle de ramener La Manif pour tous, qui lui échappe et la déconcerte, à du "déjà connu". Quoi de plus simple que de considérer ce mouvement comme un succédané du fascisme des années 1930, du pétainisme, ou encore comme une des manifestations de l'intégrisme catholique et de l'extrême droite qui ne manquent pas d'en profiter? Bien mieux, ce mouvement a toutes les allures d'un Mai 68 à l'envers, avec des aspects revanchards bien présents.

    Pourtant, le style de ses principaux initiateurs n'a pas grand-chose à voir avec une droite traditionaliste et collet monté. On peut même y voir les marques d'une dimension décontractée et festive qui n'est pas sans rapport avec Mai 68. Il en va de même des homosexuels qui manifestent, assumant clairement leur différence et s'opposant au mariage gay. La masse des manifestants n'apparaît pas comme de dangereux extrémistes mais plutôt comme des citoyens ordinaires, beaucoup venant de province, et des jeunes pour qui c'est la première manif, beaucoup sont catholiques, d'autres non.

    Plutôt que d'affronter ces questions, le réflexe premier de la gauche bien-pensante est de se tenir chaud dans un entre-soi sécurisant qui se donne toujours le beau rôle de l'antifascisme. Et pendant ce temps-là, la France se morcelle sous l'effet de multiples fractures qui ne sont pas seulement économiques et sociales, mais culturelles. Et ces fractures ont à voir avec Mai 68 qui, pour une partie de la gauche, est devenu un nouveau sacré, une sorte de marque déposée constitutive de sa nouvelle identité.

    Face à Mai 68, la société continue d'osciller entre fascination et rejet, sans parvenir à trouver la bonne distance. C'est un événement historique inédit qui n'appartient à personne si ce n'est à l'histoire de la France comme à celle de nombreux autres pays: il a constitué un moment de pause et de catharsis dans une société qui s'est trouvée bouleversée par la modernisation de l'après-guerre. Il a fait apparaître la jeunesse comme nouvel acteur social, ainsi que des aspirations nouvelles à l'autonomie et à la participation. Il a produit des effets salutaires contre les rigidités et les pesanteurs de l'époque, dans le rapport entre la société et l'État comme dans les rapports sociaux.

    Mais on ne saurait pour autant masquer son "héritage impossible" avec l'idée d'une rupture radicale dans tous les domaines de l'existence individuelle et collective, d'une révolution culturelle qui entend changer radicalement les mentalités et les moeurs, en considérant globalement les couches populaires comme des beaufs et des ringards.

    Ce gauchisme post-68 abâtardi a de beaux restes: la prise en main de l'éducation des jeunes générations selon ce qu'on estime être le "bien", la notion problématique de "genre" introduite dans les crèches et les écoles, l'éradication du mot "race", les réécritures de l'histoire sous un angle moralisant et pénitentiel, le tout agrémenté de dénonciations régulières des réactionnaires anciens et nouveaux.

    Il faudra bien que la gauche finisse un jour par l'admettre: tout cela est de plus en plus insupportable à une grande partie de la population. C'est dans ce cadre-là qu'il faut resituer l'opposition de masse à la loi sur l'adoption par les couples homosexuels, parce que cette loi entend à sa façon changer les mentalités et, qui plus est, la filiation.

    Considère-t-on que les questions sociétales constituent désormais le nouveau marqueur identitaire de la gauche, et ce à un moment où la politique économique menée est difficilement assumée, ou encore que la gauche sociale est désormais inséparable de la gauche sociétale? Si oui, il faut admettre qu'un seuil a été franchi: la question sociale, qui a façonné l'identité historique de la gauche, n'occupe plus la place centrale.

    On peut toujours pratiquer l'art de la synthèse dont le PS est friand, mais le registre de l'économique et du social n'est pas du même ordre que celui des questions anthropologiques et culturelles qui engagent une conception de la condition humaine et qui, comme telles, ne sont pas ramenables à une question d'égalité et d'adaptation. Quand on ne cherche plus à convaincre, mais à gagner dans un débat dont on a d'emblée délimité les contours légitimes, quand le réflexe de défense identitaire l'emporte, il y a de quoi s'inquiéter sur l'avenir d'une gauche qui ne s'aperçoit même plus qu'elle exacerbe une bonne partie de son électorat et de la population.

    L'extrême droite espère bien en tirer profit en soufflant sur les braises, mais, à vrai dire, elle n'a pas grand-chose à faire: le modernisme à tous crins et le sectarisme d'une bonne partie de la gauche lui facilitent la tâche. —Jean-Pierre Le Goff, Le Monde, samedi 25 mai 2013.

    © Photographie: auteur inconnu, tous droits réservés. L'usine Renault-Billancourt, 17 mai 1968.

vendredi 24 mai 2013

Maurice Darmon: Frederick Wiseman / Chroniques américaines, PUR 2013


    J'ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon livre Frederick Wiseman / Chroniques américaines, publié aux Presses Universitaires de Rennes, dans la collection Le Spectaculaire Cinéma. Il est disponible dès le 23 mai dans toutes les librairies, qui peuvent également le commander rapidement, sa distribution étant assurée par Sodis / Gallimard. On le trouve dans les librairies en ligne et il peut être commandé chez l'éditeur, 396 pages, 20 euros.

    Né en 1930 à Boston (Massachusetts) et de formation juridique, Frederick Wiseman produit, réalise, prend le son et monte tous ses films. Au rythme d'une livraison par an depuis 1967, diffusée par les télévisions publiques, ses quarante opus, dont trente-cinq tournés dans seize États différents et plusieurs lieux de présence américaine, constituent un long film de cent heures sur l'évolution des États-Unis, institutions et lieux de pouvoir, de loisir et de consommation, dans les soixante dernières années. Leur étude aura nécessité l'analyse des conditions économiques, historiques, sociales et esthétiques de leur production.

    Dès Titicut Follies (1967), interdit durant vingt-six ans, sa méthode est simple et inchangée: ni interviews, ni commentaires off, ni musiques additionnelles, une immersion dans le milieu jusqu'à l'effacement. Il accumule ainsi des centaines d'heures de tournage en quelques semaines, dont il monte le dixième en plusieurs mois, pour des films souvent très longs et d'une construction narrative soutenue. Cette constante ne doit pas cacher l'essentiel que seule l'approche strictement chronologique met en évidence: Frederick Wiseman poursuit un itinéraire raisonné.

    Après une décennie planifiée de formation où il pénètre les grandes institutions américaines (hôpitaux, lycées, prétoires, bureaux d'aide sociale, monastère, armée, laboratoire de recherches médicales), il s'oriente vers les sociétés privées (agence de mannequins, usine par exemple). Dans les mêmes années, il suit l'armée à Panama, dans le Sinaï et en République Fédérale Allemande, trois lieux névralgiques de la présence américaine. Ensuite, avec la conquête de la couleur, il défie l'étroitesse de la critique militante par l'observation sans a priori des classes possédantes (magasin huppé, champ de courses, station de ski), tout en conférant à ses films leur durée intérieure et l'horizon de vastes communautés humaines. Parallèlement, son attention à la mise en scène de la vie quotidienne, à ses acteurs et sujets tenant leur partie à l'instar de personnages de Beckett, parvient à s'émanciper de son amour pour les plateaux de théâtre et de danse. Singulièrement à Paris où il a signé diverses mises en scène et tourné quatre films, tous de scènes.

    Vérité enregistrée et fiction construite se fondent en un cinéma exigeant, contradictoire, respectueux des intérêts, ambiguïtés et oppositions de chacun, qui met le spectateur devant son civisme, ses valeurs et ses choix. Se sachant dépassé par ce qui advient devant sa caméra et sa perche, Frederick Wiseman s'instruit ainsi de ceux qu'ils filment, laisse vivre au fil du temps les moments faibles, les corps, les gestes et les silences.

    Il est très simple de voir des films de Frederick Wiseman en France. La Bibliothèque Publique d'information du centre Georges-Pompidou possède la plupart de ses titres, et les transmet aisément aux services de prêt des médiathèques en régions, quand ils ne les possèdent pas déjà dans leurs collections.

    Ouvert ici depuis de nombreuses années, notre dossier Pour Frederick Wiseman offre de nombreux entretiens, articles, documents et informations sur le cinéaste. Les affiliés à Facebook pourront également consulter notre page Frederick Wiseman / Chroniques américaines, constituée en attente de notre livre. Bonne lecture et surtout beaux films.

dimanche 19 mai 2013

Delphine Horvilleur: En tenue d'Ève



    Née en 1974 à Nancy et d'abord mannequin, Delphine Horvilleur est l'une des deux seules rabbines françaises. Elle officie au Mouvement juif libéral de France, à Paris dans le XVe arrondissement. Rédactrice en chef de la revue trimestrielle d'art et de pensée Tenou'a, et membre du Conseil National du SIDA, elle participe activement aux contenus du site ici souvent signalé Akadem. Eelle vient de publier chez Grasset: En tenue d'Ève, féminin, pudeur et judaïsme. La voici présentant son livre, malgré une caméra stupide et prétentieuse qui ne supporte pas de la voir lire:



    On peut aussi l'entendre plus longuement s'entretenir ici avec les animateurs de l'émission Les Racines du ciel, sur France-Culture, en date d'aujourd'hui. En écoute directe, elle peut être enregistrée durant un an.

    De même, on peut l'écouter dans l'émission de France-Inter du 17 mai 2013: Les femmes, toute une histoire. Il vaut mieux l'enregistrer d'abord, car le sommaire est varié et l'entretien (plus un reportage) de quinze minutes est en fin d'émission (de 31'15 à la fin). 

    Le 29 décembre 2011, elle avait publié une tribune libre dans Le Monde, que nous redonnons à lire ci-dessous. Nous l'avions en effet déjà publiée le 1er janvier 2012, sous le titre: L'obscénité de prendre au mot les mots.

    Pour un judaïsme sans ségrégation des femmes. — Des femmes à qui on demande d'aller s'asseoir au fond du bus pour ne pas troubler les hommes dans leur voyage, des femmes que l'on fait taire au prétexte que leur voix constituerait, selon les textes religieux, "une nudité", des trottoirs séparés entre les sexes dans certains quartiers, des publicités où des visages de femme sont arrachés, des passantes insultées et humiliées parce que leur chevelure n'est pas assez couverte ou leurs manches pas assez longues.

    Ces scènes se sont passées dans plusieurs villes israéliennes, Ashdod, Jérusalem, Bet Shemesh... où des groupuscules ultra-orthodoxes tentent d'effacer ou de voiler la présence féminine dans la sphère publique. Le phénomène n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est l'intensité de cette "offensive" antifemmes, qui pousse toute la société israélienne à s'interroger sur la défense de ses principes démocratiques, et l'égalité entre les sexes.

    Le président, Shimon Pérès, et le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ont fermement dénoncé ces exclusions de femmes, contraires aux valeurs d'une démocratie israélienne qui a toujours fait de cette égalité un étendard, dans la vie politique ou militaire.

    Mais il est aujourd'hui essentiel que des voix s'élèvent, non pas au nom d'Israël et de ses choix politiques, mais au nom du judaïsme et de ses idéaux prophétiques. Certains, en Israël, le font déjà. Parmi eux, des associations et des rabbins, des hommes et des femmes qui se mobilisent par milliers et œuvrent remarquablement en faveur du pluralisme religieux, de la modernité juive et d'une quête de justice prônée précisément par la tradition du judaïsme.

    Ceux qui exigent la ségrégation des genres le font en se réclamant eux aussi de textes de la tradition, et plus particulièrement d'une notion, celle de tzniyout, c'est-à-dire l'exigence d'une attitude modeste et pudique en toutes circonstances. Cette pudeur exigerait, selon eux, de couvrir le corps, la voix et la chevelure des femmes... temples d'une tentation menaçante pour l'homme.

    Leur interprétation consiste à percevoir tout le corps de la femme et jusqu'à sa voix comme un objet de désir, presque une zone génitale, à voiler pour assurer la paix sociale.

    Le paradoxe de cette lecture si littérale des sources traditionnelles est qu'en érotisant toute présence féminine dans la sphère publique, on fait des textes une lecture bien impudique. Toute lecture littérale a quelque chose d'obscène, tant elle dénude le texte de ses possibilités de dire autre chose.

    Leur lecture, comme toute lecture, n'est qu'une interprétation. Elle n'engage pas le judaïsme dans son ensemble. Depuis plusieurs décennies, le judaïsme se nourrit de lectures d'hommes et de femmes qui, penchés ensemble sur le texte, le fertilisent de leur dialogue.

    Le monde juif est un monde de lectures et de commentaires pluriels, qui s'est toujours méfié d'une lecture des textes "dans leur nudité", et a préféré les habiller du voile modeste de l'interprétation. Il s'agit aujourd'hui de rester fidèle à cette tradition. — Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF).

mardi 14 mai 2013

Film 20. Notes sur le cinématographe III. Des images et des sons, 10'

    Nous voici à la mi-août 2012, le 13 plus exactement. Il est sept heures, Bordeaux s'éveille. Tout a commencé par le bulletin d'informations qui m'aura poursuivi toute la journée. Une journée d'été comme une autre?


samedi 27 avril 2013

Smaïn Laacher: Nécessaire féminisme radical en pays arabes




    Textes politiques sur Ralentir travaux? Inutile d'y aller davantage des nôtres, sinon de temps en temps nous en remettre un en mémoire. Nous n'avons aucune raison de changer ni d'ajouter grand-chose à ce que nous avons ici écrit en ces matières depuis tant d'années et qu'on retrouvera rassemblés dans notre dossier Liber@ te, et singulièrement pour ces sujets la section Des pays plus libresCe qui nous paraît désormais précieux c'est de garder un certain accès public à des textes souvent parus dans la presse et que nous jugeons essentiels. Aujourd'hui, celui-ci qui nous paraît si bien souligner la nouveauté du geste radical d'Amina Tyler en Tunisie, rapidement cataloguée par nos démocrates et beaux esprits de provocatrice, quand ce n'était pas d'alliée objective des criminels islamistes aux marges du pouvoir dans son pays, quelle honte. J'aurais simplement titré (et précisé davantage dans le texte) "en pays musulmans" ou "en terres d'islam", puisque les premières batailles nous sont venues d'Iran. Et peut-être les décisives prochaines. Mais c'est une autre histoire. Merci à Smaïn Laacher, sociologue, au Centre d'étude des mouvements sociaux (EHESS-CNRS) et à Caroline Fourest qui anime et relaye en France ces combats avec une particulière constance. 

    Nécessaire féminisme radical en pays arabes. — Renverser une dictature, ce n'est pas modifier substantiellement les fondements de l'ordre social et des structures mentales. Les soulèvements qui ont eu lieu dans les sociétés arabes se sont arrêtés à mi-chemin, dans la mesure où la remise en cause radicale des régimes politiques ne s'est nullement accompagnée d'une remise en cause radicale des systèmes qui sont au principe de la domination des hommes sur les femmes. Vouloir abattre la tyrannie et juger par ailleurs comme accessoire la lutte contre les tyrannies qui, au quotidien (du travail à la rue jusqu'à la chambre à coucher), font de la vie des femmes, dans leur grande majorité, un enfer sur terre, c'est reconnaître que la pensée a failli.

    Ce point de vue est partagé par des femmes arabes ayant activement pris part aux soulèvements populaires dans leur pays. Voilà ce que disait, lors d'un entretien réalisé le 10 mars 2011 par la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), une militante des droits de l'homme à Manama (Bahreïn) qui fut très active lors des protestations contre le régime : «Les revendications politiques et sociales des manifestants n'incluent pas les droits des femmes. La question des femmes est totalement absente. Personne ne revendique l'égalité ou les droits civiques pour les femmes, pas même les femmes.»

    Sans aucun doute est-ce la fin d'un certain monde pour ceux qui ont cru que gouverner, c'était habiter le pouvoir en famille pour l'éternité. Au Maroc, en Égypte, en Tunisie, en Libye, en Algérie (à Alger, le pouvoir n'est pas à l'Assemblée nationale, aussi le nombre important de femmes députées ne change-t-il rien à l'affaire) ou au Yémen, les Parlements nationaux actuels, océans de misogynie, ne laissent aucun espoir aux femmes quant à l'amélioration de leur sort et de leurs droits.

    Il n'y a nulle raison d'attendre une quelconque aide de l'extérieur. Les "mouvements progressistes" en Occident regardent, avec un mélange de désarroi et d'optimisme béat, les mouvements contre-révolutionnaires agir, d'abord, pour mettre au pas les femmes qui ont osé transgresser les normes religieuses et culturelles en pays musulmans.

    Pourtant, si les femmes ont été physiquement écartées des derniers soulèvements populaires, l'État et ses diverses polices ont, quant à eux, parfaitement perçu la menace politique que représentaient des corps en liberté dans l'espace public, en particulier lorsqu'il s'agit de celui des femmes. Les exemples sont nombreux. Entre autres, celui de la jeune Égyptienne Aliaa Magda Elmahdy, qui a publié l'image de son corps nu sur son blog, ou celui de cette jeune Tunisienne qui a rejoint le mouvement des Femen, et qui a adopté, en Tunisie même, leur mode d'interpellation publique contre l'oppression des femmes. Le propos n'est pas ici de savoir si elles ont tort ou raison. Il s'agit avant tout de comprendre ces gestes inouïs.

    À ma connaissance, c'est bien la première fois que des jeunes femmes arabes montrent publiquement, totalement ou en partie, leur corps nu, événement majeur puisque c'est un corps de femme nu qui échappe à l'enfermement domestique et aux injonctions d'hommes et de femmes soucieux de la légalité traditionnelle et du respect de la norme religieuse. Ce corps nu, quelle que soit sa nationalité, n'est pas n'importe quel corps, il n'est pas un corps parmi des millions d'autres corps, il n'est pas innommable, abstrait, il n'incarne pas tous les corps — une Islandaise n'est pas une Égyptienne — et n'est donc pas sans origine, sans histoire, sans culture, sans désir. Ces corps ont une identité car ils sont identifiables: Aliaa Magda Elmahdy a vingt ans, elle est née en Égypte; Amina a dix-neuf ans, elle est née en Tunisie.

    Ainsi, ce n'est pas seulement une dimension inconnue des sociétés arabes qui s'expose au monde, et en premier lieu aux regards de tous les Arabes. Ces corps sont des corps qui refusent de se soumettre et par lesquels advient aussi le politique; c'est un corps qui agit contre la violence des hommes et de toutes les institutions gouvernées par des hommes, armés ou non.

    C'est un corps qui fait de la résistance, autrement dit qui fait de la politique contre le "souverain" (terrestre et divin), mais aussi contre tous les petits tyrans ordinaires et les millions d'auto-entrepreneurs en morale religieuse. Elles signent, contre leur volonté ou non, par cet acte inouï, une déclaration qui est une exigence politique et morale: la femme et/ou l'homme ont le droit à leur liberté, une liberté non soumise aux impératifs de la communauté politico-religieuse.

    Cette liberté signifie cet impératif majeur, nullement partagé: agir par soi-même sans être soumis à l'hégémonie du collectif et de ses lois et ne pas se laisser dominer par une quelconque instance transcendante, aussi divine soit-elle.

    Au fond, peu importe que ce geste fût rare. Il a probablement choqué, même ceux et celles qui ne cessent de s'autoproclamer "démocrates", "laïques", "progressistes", etc. Ce geste n'a pas voulu se décliner sous forme de slogans, encore moins était-il sous-tendu par quelques propositions programmatiques. Cette radicalité, dans son expression protestataire, s'adresse au sens, aux émotions et à l'intelligence.

    Ces expériences sont à chaque fois un événement qui n'est pas seulement un fait, mais plus profondément une rupture. C'est de l'inédit qui engage une autre histoire sociale des femmes dont toute la difficulté va être d'en élucider la signification. Les corps nus ou en partie dévêtus d'Aliaa Magda Elmahdy et d'Amina ont cette faculté inattendue de penser ensemble des registres qui ont toujours été tenus séparés dans cette société: la politique, la religion, la liberté, l'art, la pluralité humaine, l'action en commun, etc.

    «Être libre et agir ne font qu'un», disait Hannah Arendt. L'action humaine est capable de miracle, mais seulement par la liberté qui est cette capacité à faire advenir l'imprévisible. Il s'agit maintenant de penser cet événement, car c'est par cette activité, pour paraphraser une nouvelle fois Hannah Arendt, que les normes, les règles rigides et les croyances générales (religieuses, politiques, etc.) peuvent être sapées. — 

    Smaïn Laacher vient de publier Insurrections arabes. 
Utopie révolutionnaire et impensé démocratique, 
Buchet-Chastel.

    © Photo via Femen France. [Facebook]

jeudi 25 avril 2013

Danièle Huillet et Jean-Marie Straub: Le Bachfilm (1968).





    Les éditions Montparnasse continuent leur inventaire de l'œuvre de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Après sept volumes, un coffret hors série reprend le Bachfilm, titre sous lequel Huillet-Straub appellent La Chronique d'Anna-Magdalena Bach: les cinq versions disponibles — allemande, française, néerlandaise, anglaise et italienne —, de superbes compléments inédits, et un livret d'une grande richesse de contenu, on peut en voir ici le détail.

    Tout est dit sur ce film: par Huillet-Straub eux-mêmes façon consciente, lucide et complète, et dans le livret par un texte exemplaire d'intelligence et de clarté de Benoît Turquety Jeunesses musicales / L'invention de Chronik. Oui, ils ont voulu filmer la musique et si les vingt-quatre œuvres de Bach s'enchaînent entre elles ou avec la parole dans un flux continu, aucune n'est écourtée ni morcelée, son direct et monophonique, toujours en plan séquence. Ici la musique est un fait physique parmi d'autres, textes et manuscrits, corps des instruments, corps des musiciens,  leurs fautes et les difficultés même, petites et grandes orgues objets d'une recherche éperdue dans le nord de l'Allemagne pour en trouver d'analogues à celles de l'alors inaccessible Saxe où joua le musicien, réalité concrète des espaces où ces musiques ont vraiment sonné. Jean-Sébastien et Anna-Magdalena ne sont pas abstraits dans leur éther musical: leurs fins de mois sont difficiles; souvent puni par ses commanditaires, le maître serviteur trouve toujours l'énergie de résister quand il ne peut plus faire autrement; beaucoup de leurs enfants meurent; contrastant avec les palais et les églises emplis de sa musique, leur intérieur est modeste et nu. Histoire d'amour et d'argent au quotidien donc où discrète et silencieuse, la constance d'Anna vit dans un regard d'encoignure, une caresse de l'épaule, des tenues de compte et de copies, dans sa parole magiquement articulée par Christiane Lang — en contrepoint cadencé et clair, le français parfait de Gustav Leonhardt — dont on retrouve les témoignages en complément. Une histoire de clôture enfin aux furtives échappées vers la mer, vers le ciel, sous les quarante ans de Leonhardt le dernier regard du vieux Bach enfin à la fenêtre.

    Amour, soutien mutuel, clôture intime sur leur commun projet d'existence, résistance intransigeante dès qu'il s'agit de l'œuvre, même au pris de la gêne matérielle et du conflit avec les autorités civiles, comment ne pas imaginer Huillet-Straub armés de cet exemple lorsque, venant de se rencontrer, ils conçurent leur film en novembre 1954, quand ils ne savaient alors s'il y en aurait jamais un autre, et que leur fidèle obstination mena à son terme treize ans plus tard. On sait que c'est en entendant le  disque d'un jeune musicien qu'ils se dirent: «C'est lui qu'on veut!». Gustav Leonhardt n'avait alors réalisé que trois ou quatre enregistrements, ni eux ni personne alors ne le connaissait, et sur lui la production ne voulut pas parier un mark: «Tout le monde nous disait, même les musicologues, pas seulement les marchands de soupe du cinéma: "Qui que c'est que ça?"». Les marchands leur proposèrent de les financer très largement s'ils acceptaient Curd Jürgens dans le rôle de Bach et une postsynchronisation par Herbert von Karajan, que ni les cinéastes ni Gustav Leonhardt n'ont simplement jamais considéré comme un musicien. C'est ainsi que, sorti au début de 1968, Chronik qui était leur premier projet devint leur troisième film après Machorka-Muff (1962) et Non réconciliés (1964).

    Nul mieux que Leonhardt. Musicien lui, instrumentiste, et musicologue au point de devenir bientôt le chef de file de la renaissance de la musique baroque avec son aîné Nikolaus Harnoncourt, que dans le film il embarqua avec le Concentus Musicus et l'Ensemble für Alte Musik de Vienne ou en duo à la viole de gambe. On le retrouve nonagénaire disert dans un fort vivant et émouvant complément. Présents également, Bob van Asperen déjà, et le trompettiste pionnier Edward H. Tarr, sans parler évidemment d'August Wenzinger et le Konzertgruppe de la Schola Cantorum Basiliensis. Straub a d'ailleurs fini par conclure — entre autre dans le documentaire joint Signalement de Jean-Marie Straub de Henk de By (1968)  — que Chronik était d'abord un documentaire sur Gustav Leonhardt. L'aigle aristocratique taciturne d'Amsterdam et le rugissant lion lorrain marxiste ne pouvaient mieux se trouver pour affirmer ensemble leurs ferventes exigences. 

    Qu'il soit aux claviers ou au pupitre, Gustav Leonhardt est longtemps filmé de loin et de dos et quand la caméra s'approche, ce sont ses mains au travail, toujours cette matérialité de la musique. Tout à coup (plan 85!), des Variations Goldberg — enregistré par Gustav Leonhardt dès 1953 — c'est la 25e, une sarabande où pour la première fois, c'est son visage en gros plan, ses yeux attentifs et parfois tendus à s'écarquiller suivent la partition manuscrite — en concert Leonhardt lisait toujours ses propres mises au net — sur un fond de mur enduit de chaux: le cinéma des Straub nous apprendra la parfaite équivalence de tous les faits physiques, un visage vaut un mur, un papillon vaut l'Etna, un lézard Moïse lui-même. La musique se fait pure élévation, si puissamment que l'homme en conçoit quelque terreur. Les dernières notes s'envolent par une lunette au plafond ouverte sur le ciel. Les Straub ont à ce moment la certitude qu'ils ont osé documenter la naissance d'un immense artiste. Ils étaient là. Jean-Marie Straub raconte (livret p. 105):

    Et Joachim Wolf [Le Recteur et assistant technique] a dit à Leonhardt, à la première prise, parce que Leonhardt faisait toujours (imite une respiration lourde) pendant la variation Goldberg: «Est-ce si douloureux?» Alors Leonhardt a dit: «Je ne sais pas» (Rire bref).

    Quelque chose en Gustav Leonhardt a su l'importance du moment. Le 12 décembre 2011, trente-cinq jours avant sa mort qu'il savait imminente, il donna un concert aux Bouffes-du-Nord. Lui et le monde entier savaient que ce serait le dernier et qu'il ne toucherait plus jamais un clavier. Pour la seule fois de sa vie, il n'alla pas vers son public après le concert: une ambulance l'attendait pour l'emporter. Pour dernier bis, celui où  pour la dernière fois, ses doigts vont se séparer des touches, il choisit cette sarabande, la 25e Variation Goldberg. Le concert entier a été filmé par un spectateur  — lui qui refusait jusqu'aux photographies. Nous en avons tiré Ultime (23 décembre 2012). Ce sera notre complément, en son honneur et en l'honneur des Huillet-Straub. Tous trois alors savaient déjà.

samedi 20 avril 2013

Lettre 25: printemps 2013





    — Parution prochaine aux Presses Universitaires de Rennes de notre dernier travail: Frederick Wiseman / Chroniques américaines, dans l'importante collection Le Spectaculaire / CinémaUne page Facebook suit l'actualité de cette parution. Elle donne tous compléments (filmographie, comment voir les films, essais d'autres auteurs, entretiens, etc.) Nous vous invitons à mentionner votre passage en aimant la page, comme dit Facebook.    — Ensuite, nous continuons nos films, tous archivés sur Youtube dans Notre cinéma © 202 productions. Ici une quatrième sélection autour de notre voyage à Nantes pour Ralentir travaux visible en plein écran:


• 16. Philippe Méziat: Sources africaines du jazz, mythe ou réalité? (88').
• 17. Rendez-vous de l'Erdre, le film (53'). 
• 18. Extrait issu du précédent: Mats Gustafsson et le Fire Orchestra (10'31).

• 19. Une histoire singulière. Un homme se souvient (45'33).
    On peut voir tous les films, passés et à venir dans Notre cinéma © 202 productions

Dossiers thématiques modifiés ce trimestre

Notre delta fertile:

1. Liber@ Te: 1. Mon royaume pour un cheval. Deux articles à propos de lasagnes. — 2. Une réédition d'un texte écrit par le père Guy-Thomas Bedouelle: Le poids d'un héritage, paru dans notre ancienne revue Le Cheval de Troie n° 6: L'Inquisition (septembre 1992). On trouvera une présentation  cette revue dans cette section de notre dossier: Une revue: Le Cheval de Troie.
3. Judaïca: 1. S. Daniel Abraham: Comment Israël sera détruit sans besoin d'un seul coup de feu.


Notre cinéma:
7. Pour Bruno Dumont: 1. Camille Claudel 1915.
9. Pour Jean-Luc Godard: 1. Julie Perron: Mai en décembre, Godard en Abitibi, documentaire, 26', 2000, ONF Québec.
12. Pour Frederick Wiseman: Notre ouvrage Frederick Wiseman / Chroniques américaines paraîtra bientôt aux Presses Universitaires de Rennes / Le Spectaculaire Cinéma. Demeurent les nouvelles informatives, la documentation, des articles invités et divers entretiens avec le cinéaste. Et notre nouvelle page Facebook sur ce livre, ouverte à vos mentions.
13. Notre cinéma © 202 productions. Tous nos films sur un site dédié.

14. 
Penser par images et par sons:

Aurélien Delage: Jean-Nicolas Geoffroy.
• Table complète des diaporamas.
• Éveline Lavenu laisse toujours visibles quelques acryliques et gouaches.

Et toujours:
15. Les goûts réunis: Nos recettes de cuisine.
16. Édits et Inédits:

• Plusieurs textes souvent assez longs, publiés ou non, qu'il convient d'imprimer selon les envies, dont on retrouvera la liste en accueil.
• Une section de notre site est consacrée à notre revue Le Cheval de Troie, comportant une présentation, les sommaires intégraux, quelques articles disponibles en lien avec nos actuels intérêts, et des notes de lectures sur quelques livres.
17. Le Théâtre et après. C'est-à-dire à quoi ça sert? Mais aussi après le théâtre, il y aura quoi?



    © Photographie: Maurice Darmon: Safari, 2005.


En librairie

 
 



Si vous préférez les commander aux Éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.



vendredi 19 avril 2013

Aurélien Delage: Jean-Nicolas Geoffroy


    Notre ami Aurélien Delage est connu de nos lecteurs. Nous l'avons présenté ici (voir ci-dessous) lors de la parution de son premier disque: L'entretien des Dieux. Il vient de publier un nouvel enregistrement "Pièces de clavessin" (orthographe ancienne) chez Passacaille. Et selon ce qui est pour lui une véritable règle de vie, pour nous faire découvrir une fois encore des musiciens strictement inconnus. Lorsque, le 21 décembre dernier, il fut reçu sur France-Musique au Matin des Musiciens pour une émission entièrement consacrée à cette nouvelle parution, Jean-Pierre Derrien lui-même ne connaissait pas Jean-Nicolas Geoffroy (?-1694). On écoutera cette émission, en ligne jusqu'au 10 juillet prochain, en écoute directe ou en balladodiffusion. L'enregistrement donne à entendre cinq suites, dont cette chaconne en sol mineur (4'08).







    Vendredi 30 mai 2008. Aurélien Delage, naissance d'un artiste. — Gustav Leonhardt a aujourd'hui quatre-vingts ans, l'anniversaire aussi de toute une génération: Nikolaus Harnoncourt et Frans Brüggen, leurs cadets Sigiswald Kuijken ou Philippe Herreweghe, d'autres encore. À l'orgue, au clavecin, au clavicorde, au pianoforte et leurs musiques, de Froberger à Mozart, dans ses interprétations et directions, ou incarnant Bach dansChronique d'Anna Magdalena Bach (1967, édité en DVD par les éditions Montparnasse), moment de grand cinéma de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (photogramme ci-contre, et ici leur site), de la dette jusqu'au défi de Scott Ross à la fougueuse filiation de Pierre Hantaï, ou au rare clavicorde de Aapo Hakkinen, l'homme a ensemencé le XXe siècle et au moins le début du suivant. Nous pouvons d'ailleurs voir et écouter, tirée de ce film, l'incroyable cadence du 5e concerto brandebourgeois.


    Par une de ces coincidences du calendrier, un jeune claveciniste (organiste et flûtiste), Aurélien Delage, que connaissaient déjà les amateurs attentifs, publie ce même jour son premier livre-disque, objet raffiné et instruit: L'Entretien des Dieux, sous le label 6/8, au programme cohérent et apparemment austère autour des musiciens du Roi-Soleil: Jacques Champion de Chambonnières, Jean Henry d'Anglebert et François Couperin. La rencontre n'est pas de circonstance: le jeune homme a déjà semblable élégance et la rigueur, l'absence de complaisance et d'effets de mèche, le précoce refus des compilations trop éprouvées, pour mieux servir la sensualité attentive à la matérialité du son et le lyrisme soucieux de clartés polyphoniques et nourri de correspondances avec la peinture et l'architecture. Et cette ample respiration dans la sérénité du tempo que, au fil des années, nous a justement révélée Gustav Leonhardt pour laisser s'épanouir l'émotion jusqu'à la foudre: et pour qui la fait encore taire en lui au prétexte de la légende d'un Leonhardt sec et cérébral, qu'il écoute ici l'Allemande de Christian Ritter.

    Ces deux hommes d'étude, au cœur et aux sens ouverts, tendent un arc à travers la durée, au service de l'instrument et de la musique.


    Image: © Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Chronique d'Anna Magdalena Bach, 1967, Gustav Leonhardt dans le rôle du Cantor.