Mal nommer
un objet, c'est ajouter

au malheur de ce monde.

Albert Camus.


mardi 30 décembre 2008

Amos Oz, une voix d'Israël




"
Le combat entre Juifs et Arabes est un conflit entre deux anciennes victimes de l'Europe, ce qui donne à l'Europe une responsabilité spéciale pour aider les deux côtés et non pas pour moraliser, agiter le doigt comme ça, mais pour aider vraiment les deux parties.
"Je pense que les Européens ont une sorte d'inclinaison naturelle lorsqu'ils font face à un conflit international. Leur tradition, c'est de lancer une grande manifestation d'hostilité à l'égard du méchant et de signer une pétition enthousiaste en faveur du gentil et puis d'aller se coucher en ayant bonne conscience."

Nous nous souvenons de ces quelques lignes d'Amoz Oz que nous avions rapportées ici le 28 octobre 2007. Voici un autre texte de cet auteur, paru dans Yedioth Aharonot, premier tirage des trois grands quotidiens israéliens avant Maariv et Haaretz. Nous reproduisons cet article dans une traduction effectuée par les services de l'Ambassade d'Israël en France, ce qui permet de penser qu'il ne s'agit pas là d'une voix marginale ou à faire taire, mais qu'elle est plutôt représentative de larges secteurs de l'opinion et de direction de cet État, auxquels nos moyens d'information nous rendent rarement sensibles.

Les bombardements systématiques subis par les citoyens des villes et villages d’Israël constituent un crime de guerre et un crime contre l’humanité. L’État d’Israël doit protéger ses citoyens. Nul n’ignore que le gouvernement israélien ne veut pas entrer dans la Bande de Gaza, et qu’il préférerait continuer cette trêve que le Hamas a violée avant de l’annuler. Mais la souffrance des civils israéliens dans la zone frontalière avec Gaza ne saurait perdurer.
La réticence à pénétrer dans la Bande de Gaza ne provient pas d’une quelconque hésitation, mais de la certitude que le
Hamas désire passionnément pousser Israël à une campagne militaire: si, au cours de cette opération israélienne, des dizaines ou des centaines de civils palestiniens — y compris des femmes et des enfants — sont tués, la radicalisation s’en trouvera renforcée à Gaza, ébranlant peut-être même, en Cisjordanie, le gouvernement d’Abou Mazen [nom de guerre de Mahmoud Abbas, Président de l'Autorité Palestinienne depuis 2005 et interlocuteur légitime, jusqu'à nouvel ordre, dans les relations d'État à État], qui laisserait alors la place aux extrémistes du Hamas.
Le monde arabe se solidarisera avec Gaza devant les images d’horreur diffusées depuis la Bande de Gaza par la chaîne Al Jazeera. L’opinion publique internationale s’empressera alors d’accuser Israël de crimes de guerre — la même opinion publique mondiale restée indifférente aux bombardements systématiques de la population civile israélienne.
Des pressions intenses seront exercées sur Israël pour que son gouvernement observe une retenue. Aucune pression de ce genre ne sera exercée sur le
Hamas, car il n’y a personne pour le faire, et qu’il ne reste quasiment aucun moyen de le faire. Israël est un État, alors que le Hamas n’est qu’une bande de criminels.
Quelle ligne d’action nous reste-t-il? Pour Israël, la meilleure solution serait d’arriver à un cessez-le-feu total, en contrepartie d’un allégement du blocus imposé à la Bande de Gaza. Si le
Hamas persiste dans son refus de cesser le feu et poursuit ses bombardements contre les civils israéliens, il faut redouter qu’une opération militaire ne joue le jeu du Hamas. Le calcul du Hamas est simple, cynique et scélérat: si d’innocents civils israéliens sont tués — parfait. Si de nombreux Palestiniens innocents sont tués — mieux encore. Face à cette position, Israël doit agir intelligemment, et non pas dans une explosion de fureur.

© Photographie prise le 13 octobre 2000 devant la mosquée Al-Aqsa par le photographe israélien Amit Shabi, pour l'agence Reuters (et exposition Figmag, grilles du jardin du Luxembourg, 2008).