Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


jeudi 29 avril 2010

Gauche gauche, nous sommes les carabiniers




Aveuglantes la délinquance financière et la marchandisation de nos êtres, jusqu'à notre santé, notre culture, notre éducation, nos corps et nos vies intimes. Des peuples, et pas seulement en Grèce, doivent aujourd'hui des milliards tandis que leurs propres élites savent exactement où placer et déplacer leur argent et les activités productives dont, jusqu'ici sans avoir vraiment de comptes à rendre à personne, ils ont la direction, et qu'ils estiment les leurs.

Nous n'élisons ni les banquiers ni les chefs de nos entreprises, même s'il leur arrive de participer à nos élections et à nos campagnes électorales. Nous ne pouvons que désigner nos représentants syndicaux, associatifs ou politiques, en espérant encore et toujours qu'ils traduiront en actes leurs analyses, décisions, promesses et projets. C'est pourquoi, depuis deux ans, nous suivons, sans excessif angélisme, l'effort du président américain Barack Obama dans sa course d'obstacles pour donner présence au politique dans une des places-fortes de l'économie mondiale. De même demeurons-nous vigilant — parfois grincheux ou tâtillon — devant les démissions des intelligences et l'absence d'une vraie proposition politique et démocratique dans nos gauches française et européenne, alors que, après la crise des subprimes qui n'a au fond ruiné et jeté à la rue que les emprunteurs, la crise européenne des endettements publics — qu'il n'était vraiment pas sorcier d'anticiper, et dont la catastrophe apparemment grecque ne constitue que les prémisses — va encore enrichir davantage des puissances financières aussi peu regardantes aux capacités de remboursement, d'États cette fois, auquel seuls les plus démunis auront à faire face. Dans une Europe dont il serait fou de vouloir sortir, puisque les dettes sont en euros, mais qui, en dehors des fameux critères de convergence — truqués par les gouvernants avec la complicité des acteurs financiers qui organisent aujourd'hui la panique — n'a pas mis en place les instruments de gestion et de régulation de sa monnaie et, partant, de toute son économie.

En mains nos bulletins de vote. Au moins théoriquement, puisque les taux d'abstention croissent régulièrement: un phénomène qui gagnerait à être davantage pensé comme une expression politique concrète, plutôt qu'élégamment dénigré et déploré. Pour nous en tenir aux résultats des récentes expressions électorales, nous voyons les partis les plus ouvertement xénophobes, racistes, antisémites, anti-européens, séparatistes, héritiers des fascistes ou des nazis, exploiter le désarroi, la misère, l'ignorance, les peurs, la solitude et l'enfermement, pour remporter des élections générales, conquérir des places-fortes, ou réunir des électorats de façon dynamique et préoccupante.


Ainsi, derrière le masque de Berlusconi, l'Italie toute entière vient, le 28 mars dernier, de remettre l'essentiel du pouvoir à la Ligue du Nord, autonomiste et ouvertement raciste; ce 25 avril, la Hongrie (hors zone euro) a chassé les socialistes et porté au pouvoir de façon écrasante la droite conservatrice, en consacrant au passage le parti Jobbik, paramilitaire, anti-juif et anti-tzigane, comme force désormais considérable; aux Pays-Bas, après sa percée municipale, le parti de Geert Wilders, qui construit depuis plusieurs années sa notoriété sur la crainte de l'islamisation du pays, aidé en cela par l'islamisme radical et le confusionnisme des travaillistes, est en passe de confirmer son importance aux législatives anticipées du 9 juin prochain; en Autriche, le trompe-l'œil de l'élection présidentielle largement honorifique du 25 avril ne peut faire oublier la force inquiétante du FPÖ, dirigé par Anton Reinthaller, ancien chef de brigade SS et ex-ministre de l'agriculture sous le régime nazi de Seyß-Inquart, et ardent propagateur aujourd'hui du soi-disant complot juif.

Toujours dans un avenir immédiat, dans la Belgique en proie à une crise politique sur des bases xénophobes et séparatistes, tout indique que vont se tenir de façon imminente (9 ou 13 juin prochain) des élections générales où le parti flamand Vlaams Belang et les listes indépendantistes ou "confédérales" seront bien davantage qu'une simple menace pour l'existence même de cet État — au nom de qui,
depuis le 1er janvier dernier, Herman Van Rompuy exerce la première présidence permanente du conseil européen; en Allemagne, où l'élection régionale en Rhénanie du Nord-Westphalie du 9 mai prochain pèse sur Angela Merkel, au point qu'elle croit opportun de renvoyer au lendemain 10 mai l'examen de la question dite grecque, ce qui n'évitera ni sa défaite, ni la montée en puissance du parti radical de droite rhénan, lié au flamand Vlaams Belang et au SPÖ autrichien, et tous les mois dans la rue contre la construction d'une mosquée à Cologne.

Ou encore en Espagne dirigée par des socialistes, surtout des pusillanimes, qui animent contre leur propre opinion une politique communautariste et régionaliste, avec toutes les conséquences populistes qui, à l'instar de la Belgique, peuvent en découler (1); ou la percée remarquée de l'extrême-droite aux élections portugaises de septembre 2009 qui ont, certes confirmé le maintien des socialistes au pouvoir, mais avec une chute de 10% des suffrages; même scénario, lors des élections européennes de juin 2009 en Roumanie (hors zone euro) où le parti de la grande Roumanie a recueilli 7% des voix et envoyé Corneliu Vadim Tudor renforcer les rangs des eurodéputés populistes, tragiques à force de jouer les bouffons.

Reste la France qui a remis la quasi-totalité de ses régions aux socialistes, ce qui ne peut faire oublier ni l'inquiétante et triomphante démagogie de Georges Frêche le Septimanien (inventeur de pays comme Umberto Bossi le Padanien), ni le relatif succès du Front National auprès des classes moyennes, artisans, commerçants et petits chefs d'entreprise — bien davantage qu'une supposée reconversion du vote ouvrier — un parti allié à toute cette armée d'homologues européens. Reste la Grèce justement, sous gouvernement de gauche depuis 2009, mais pour combien de temps, étant donné les circonstances et au profit de qui? Ou enfin le Royaume-Uni
(hors zone euro), dont le gouvernement travailliste, en sursis jusqu'aux élections du 6 mai prochain, est parvenu à neutraliser le nouveau parti d’extrême droite UKIP (parti pour l’indépendance du Royaume-Uni), un peu plus anti-européen et xénophobe que les traditionnels conservateurs, dont les eurodéputés conservateurs ont déjà tumultueusement rejoint le groupe populiste au Parlement Européen (2).

C'est à cette lumière aussi que nous voulons ici être vigilant et lucide sur les propositions, projets des acteurs politiques, sociaux, économiques et culturels de notre pays, en vue des prochaines élections majeures mais également dans les tribunes, controverses, luttes et actions les plus quotidiennes. Et, dans nos attentes démocratiques, aller un peu plus loin que ceux qui, par exemple, ont décidé de renommer "soigneurs" ces travailleurs que nous connaissions mieux sous le nom de "gardiens de zoo", afin de révoquer clairement tous ceux et toutes celles qui, s'installant dans les promesses de l'espoir et de la nécessaire affirmation concrète de l'instance politique, les ruinent d'avance par leurs évidents, leurs criminels carriérismes.

1. Sur ce sujet, on lira avec intérêt l'article d'Alvaro Vermoet Hidalgo, président de l'Union démocratique d'étudiants d'Espagne et étudiant en échange à la "K.U. Leuven" (Région flamande, Belgique), L'Espagne suivra-t-elle le chemin de la Belgique?, publié dans Le Monde.fr du 28 avril 2010, et
disponible sur le site de l'auteur.

2.
Au-delà de ces douze exemples qui réunissent les pays européens les plus riches, nous pourrions, au bénéfice de petites nuances mais sans affaiblir l'ensemble de notre propos, faire le tour quasiment exhaustif des vingt-sept pays de l'Union, en n'oubliant pas que, pour certains d'entre eux, les élections ne semblent pas se dérouler de façon tout à fait régulière.
Pour la seule zone euro donc, resteraient à mentionner à ce jour la Finlande,
l'Irlande dont chacun connaît l'état, le Luxembourg, la Slovénie, Chypre, Malte et la Slovaquie.
Outre la Hongrie, la Roumanie et le Royaume-Uni cités ici, sept autres pays font enfin partie à ce jour de l'Europe mais non de la zone euro: l'Estonie, la Lituanie, la Bulgarie, la République tchèque, la Pologne, le Danemark et la Suède.

© Photographie: Maurice Darmon, Raguse, in Jambes de Sicile, 2007.
Voir aussi nos Images.

mardi 13 avril 2010

Pâques à Naples et à Procida




Voici deux nouveaux petits diaporamas, Pasqua a Napoli, et Misteri a Procida, procession fort ancienne dont nous espérons que, contrairement à celles de certains endroits de l'Italie méridionale, elle n'entretient pas trop de liens avec les étalages ostentatoires de force et de pouvoir des mafia et 'ndrangheta, comme le relate Philippe Ridet dans son billet au Monde du 13 avril 2010:
Pas de procession pour la Mafia (cf. infra).

L'occasion aussi de donner à lire un texte écrit il y a un peu plus de vingt ans, lors de mon premier séjour prolongé à Naples. Je le livre ici avec son introduction qui — même si, mignonne ou canaille, la mode du texte italien a mis une plus décente sourdine à ses mythologies — contribue à mieux préciser le contexte et les intentions d'une telle publication.


Ce texte est paru en octobre 1988, dans un numéro spécial de la revue Gironde-Magazine: "Des écrivains et des villes". Mais il avait été écrit bien avant, en 1984, et pour d'autres fins. C'était un temps où des auteurs de livres déroulaient facilement une littérature élégante autour de l'Italie du Sud, de Naples et de la Sicile en particulier, qui contribuait à rêver une mythologie de la Naples indomptable et toujours splendide, de l'art baroque à son apogée pour la joie des esthètes raffinés et des photographes de jolis garçons sous-produits de Pasolini, nourrissant pour finir un étrange aveuglement à la fois sur les réalités sociales, humaines, politiques et morales, pourtant criantes et terribles, qui saignaient la moitié au moins de la Péninsule, un aveuglement qui s'étendait très normalement à une incompréhension de vrais écrivains comme Giovanni Verga, de vrais livres comme les Malavoglia (1) qui, un siècle avant eux, remettait les pendules à l'heure, et dont on ne pouvait se débarrasser en traitant ce chef-d'œuvre de la modernité de "mélodrame pleurnichard". Mais ces mensonges de pure convention avaient l'intérêt de marcher du même pas que le tourisme qui alors entendait faire monter les cours de ces nouvelles destinations. Du coup, cette pacotille trouvait son humus dans les guides de voyages un peu décalés ou les livres de photographies convenues, prêtes à devenir ces cartes postales chic qu'on commençait à voir fleurir, et qui pouvaient prétendre à se vendre deux fois plus cher que les autres. Gageons pourtant que ce ne sont pas celles que les collectionneurs conserveront, tant elles ne témoignent d'à peu près rien d'autre que du regard de privilégiés sur eux-mêmes, quelles que soient les latitudes où ils pensent se récréer.


Cher Alberto,

Malgré la longueur de mon séjour chez toi, j'aurais aimé rester encore, au lieu de me retrouver au dernier jour, après ces efforts et ces marches, après tout mon tourisme, au bord de ce qu'il y avait réellement à comprendre ou partager. L'impossible rêve du voyage et sa déception.

Comme tout le monde d'abord. La ville a été un voyage des sens, mais de tous les sens: je veux dire bien sûr que là les yeux ont beaucoup à faire, comme toujours les yeux des visiteurs, des voyageurs, qui ont parfois si peur de n'être pas à la hauteur de leur tâche et de leurs devoirs de découverte qu'ils se doublent et s'aveuglent de l'appareil photo: la mer épaisse et consistante, l'immense amoncellement, le bric-à-brac en béton, le médiéval aux portes Renaissance, mille églises dorées, compliquées, touffues et sombres comme des bois et là-bas tout au fond le Dromadaire accroupi, endormi mais l'œil un peu tordu, ouvert sur ce pays qu'il a décidé peut-être déjà — et lui seul sait quand — de mordre, de renverser d'une de ses ruades ou de noyer de son vomissement. Et quand on monte sur sa bosse, partout c'est grand, lumineux et rouge, haut et bleu et partout le vide, le vide du télésiège (je viens de lire qu'ils l'ont supprimé), du trou béant de son cratère et de là-haut toute l'Italie, la mer et le ciel, des villages et des villes. Ou encore ce somptueux gaspillage de l'incendie annuel du clocher du Carmel.

Mais déjà les oreilles, puisque l'incendie est d'abord un vacarme. Pourtant c'est une musique, ce concert quotidien de cris, de théâtre des rues, de moteurs rugissants et de klaxons en folie. Là on voit proprement avec les oreilles puisque c'est d'elles surtout qu'il faut s'aider pour traverser une rue, c'est-à-dire pour survivre. La bouche enfin voyageant dans la mozzarella que toi seul savais me choisir.

Comme tout le monde encore, ma mémoire est pleine: cette vieille dame à l'auberge, jolie et maquillée à l'ancienne, un visage très doux, elle voulait toujours parler avec la philosophe et avait entrepris de me convertir. Elle ne comprenait pas qu'une fille comme moi ait pu vivre jusque-là sans aucune religion. Elle était apparentée aux plus grandes familles d'Europe et sa fille venait d'épouser un Malatesta (ceux-là même de Ferrare avec son puissant château et ses cruelles prisons). Elle ne gardait donc l'auberge que l'après-midi.

Ou j'ai rêvé lorsque, une nuit sur la place, l'Agora devant le Maschio Angioino (le Mâle Angevin, un château comme ceux qu'on fait sur le sable ou dans des boîtes à chaussures, des tours, des créneaux, ou un chemin de ronde), aux milieu des homosexuels et surtout des étonnantes femmenielle (2), dont une m'a longtemps troublée, il y en avait deux qui ont à toute force encore voulu parler des philosophie, des Dieux et de Dieu. Nouvelles Socrate et nouveaux Grecs, nous arrivions ensemble à d'essentielles vérités comme il y en a dans Feuerbach, par exemple la vraie question n'est pas de savoir si nous sommes croyants ou pas, mais de se rendre compte que nous interrogeons la vie, nous-mêmes et l'État, et aussi les choses quotidiennes comme le dehors et le dedans, alors qu'on croit parler de Dieu. Et dire qu'il était minuit dans la ville et qu'on la prétend dangereuse, ce que je ne nie pas.

Ou enfin parce qu'il faut s'arrêter, quel dommage! les mendiants: l'un s'engloutit alors qu'il fait chaud dans un passe-montagne, une grosse écharpe enroulée sur des pull-overs de laine, une veste, de lourds pantalons, plusieurs paires de chaussettes qui transforment ses pieds en moignons, des gants, et recroquevillé il tremble sans arrêt dans un univers intérieur; cet autre sur des béquilles insulte les passantes; un vieux couple très sale accompagné d'une chienne qui vient de mettre bas une portée de sept chiots (tous les jours un de moins, trois survivront, bien portants, bien nourris au lait de la mamelle) et c'est au couple que les passants donnent du lait comme si par eux ce lait pouvait se transmettre à la chienne et aux chiots; une vieille en face du Théâtre n'a pas démêlé ses cheveux depuis vingt ans et ils forment une étoupe, un casque rigide et dressé au-dessus de sa tête; une fillette joue toute la journée à couvrir un billet de mille lires avec des pièces de cent; un aveugle et son fils; et un incroyable jeune mendiant élégant en combinaison kaki à la dernière mode avec des pantalons serrés à mi-mollet et les cuisses bouffantes, un pli ourlé et une sébilette en argent. Et tous les soirs au même endroit devant le Château, les vieilles contrebandières sauvent la face de la police en entrouvrant à peine la portière de leur camionnette pour abriter leur commerce de leurs regards. J'ai vu Pozzuoli et la Solfatara, le même jour naître un volcan et mourir une ville: Pozzuoli monte de deux millimètres par jour, se fracture et se fend et j'y étais, dans cette Pompéi moderne, lorsqu'on fermait aux barricades le centre évacué. J'ai croisé, non des femmes de feu et ivres de liberté, mais des jeunes files jamais seules, leur mère, leur frère ou leur fiancé, ou leur amie de cœur, chaperon noir en réalité.

Là, il est aussi question du cœur. Comme les yeux il s'étreint devant tant de beautés et d'histoire. Et au prix d'une ou deux abstractions, il peut même parvenir à se dire qu'il est dans le plus bel endroit du monde. Oui, le cœur s'étreint encore dans les Hauts-Quartiers du Vomero, impénétrables, pleins de petits bourgeois hissés dans leurs appartements panoramiques qui ont remplacé les injustes palais, injustes mais au moins mêlés aux maisons des autres, injustes mais l'injustice n'est-elle pas aussi grande et plus bête, et plus peureuse et menaçante, et plus renfermée? Ces quartiers riches se défendent comme une citadelle — c'est une concierge qui m'arrête à la porte d'un parc avec sa politesse humble, exquise et servile: "Non si può, cuore mio, capisco, tesoro, ma non si può", là où ton oncle nous racontait qu'il y cueillait des cerises.

Jusqu'à Pozzuoli a régné et tout détruit la sidérurgie — aujourd'hui mourante elle même mais que laisse-t-elle sur sa plaie? — de l'Italsider. Ici, ils ont vu passer les envahisseurs et les rois de toute l'Europe, des cataclysmes au-dessus de toute mesure, ici ils ont tenu tête à l'Inquisition, et ils meurent plutôt d'avoir été livrés au dragon à deux têtes capital et mafia, et aux serpents de la spéculation et de la circulation automobile, irréparables, plus destructeurs qu'ensemble le Vésuve et l'Etna, et ces volcans servent même à faire croire qu'on ne peut rien contre les monstres forts. À ce jeu du silence les rats cachés gagnent, et la mafia a compris avant Freud et à une autre échelle que parler libère.

Ville démoniaque, baiser de feu, pressés du plaisir de vivre et de parler, un jour encore danser sur les forges de Vulcain, fière de vivre sa différence car elle ne se vend pas comme se vendent Florence et Venise?

Ou tant de beautés, son site et son histoire broyés par les intérêts les plus particuliers et le développement presque bactérien de l'exploitation, avec les violences, les tensions, les résignations, les accommodements, la barbarie, un conglomérat crucifié, et qui voudrait encore se retenir à son âme, mais qui sait au fond d'elle-même — et le fond, c'est le miracle de ce peuple cordial, doux, hospitalier et honnête derrière sa réserve et sa mauvaise réputation — qu'elle est tenue par le béton et les échafaudages Innocenti, et qu'elle se paye, au mieux, une mort d'Opéra?

J'ai peur qu'ils sachent trop bien où est la vérité.

Bien à toi.
Sophie.


1. Notre traduction: Les Malavoglia, Gallimard / L'Arpenteur, 1988. C'est incontestablement le roman fondateur de la littérature italienne moderne. Trop vite étiqueté comme vériste, alors qu'il est le creuset de toutes les révolutions formelles à venir, ce dont j'ai tenté à l'époque de rendre compte dans une note de circonstance: Actualité de Giovanni Verga. À propos de ce roman, le grand connaisseur de littérature italienne, Piero Citati évoque
cette voix «sans maître et sans écho. Relisant Les Malavoglia, j'ai toujours pensé à la voix anonyme qui se poursuit sans fin dans les romans de Beckett». Rien de moins.

2. Les femmenielli, — au nom de celle que j'ai eu ce bonheur d'approcher, je préfère dire les femmenielle — sont des hommes qui vivent au quotidien une vie de femme, dans leurs modestes habits populaires, et dans une relative intégration sociale. Elles exercent parfois encore de petits métiers, blanchisseuses, couturières ou servantes. Comme mon amie de quelques heures Vittoria Plasmon, qui avait longtemps été ouvrière dans la fourrure, les difficultés économiques et la désagrégation de l'économie populaire de leurs quartiers — étudiée ailleurs sous le nom de "economia del vicolo", économie de la ruelle, — les exposent aujourd'hui à la prostitution. Malaparte les met en scène dans La Peau, par exemple.

NB. Notre site est malheureusement revenu à Naples en mai 2008: Naples, poubelles du Monde.


Image: Portrait supposé de Sappho, fresque provenant de Pompéi, Musée archéologique de Naples.

Philippe Ridet: Pas de procession pour la Mafia




Pour information complémentaire, nous joignons à notre texte précédent l'article de Philippe Ridet, paru dans Le Monde du 13 avril 2010.

Pas de procession pour la Mafia. — Des coups de feu tirés sur la porte de l'habitation du prieur, une dénonciation aux carabiniers et, pour finir, une décision courageuse des autorités ecclésiastiques. Dimanche 4 avril, jour de Pâques, l'Affruntata de Sant'Onofrio, en Calabre, a été annulée par le curé de la paroisse, Don Franco Fragalà, soutenu par son évêque, Don Luigi Renzo.

"L'affrunta quoi?" L'Affruntata ("rencontre" en calabrais) est un rite ancestral, probablement d'origine païenne, de cette région du sud de l'Italie, illustrant les retrouvailles de la Vierge et de son fils après sa résurrection. Chaque dimanche de Pâques, les statues de Marie, recouverte du voile noir du deuil, du Christ et de saint Jean sont ainsi promenées par des porteurs dans toute la bourgade jusqu'à ce qu'ils se retrouvent sur la place centrale. À ce moment-là, la Vierge est débarrassée de son voile pour apparaître vêtue de ses habits de fête.

Cette procession est une épreuve physique pour les porteurs, qui exécutent des allers et retours très rapides — dont le nombre varie selon les villages — avec leur fardeau. C'est aussi une manière de se faire voir, d'exhiber sa force et son influence sur la communauté. Faire partie de l'équipe des porteurs (huit en moyenne pour chaque statue) est un honneur qui peut se monnayer parfois très cher. Afin de décider de l'identité des porteurs, de véritables enchères sont ouvertes, gérées par les confraternités laïques qui organisent ces fêtes. La meilleure offre — parfois jusqu'à 5 000 euros — l'emporte.

Hommes forts et riches... Depuis bien longtemps à Sant'Onofrio, comme sans doute dans d'autres villages de Calabre, la Mafia locale — la 'Ndrangheta —, a mis la main sur cette procession. Les retrouvailles du Christ et de sa mère sont, pour les principales familles de l'organisation criminelle, l'occasion de montrer leur puissance aux yeux des habitants des villages qu'ils contrôlent (le conseil municipal de Sant'Onofrio a été dissous pour "infiltration mafieuse"). Au premier rang des porteurs, bien en vue, on retrouve ses membres les plus influents ou les nouveaux entrants dans la hiérarchie des clans, dont le prestige et la force sont comme rehaussés par le fardeau symbolique qu'ils trimbalent.
Tout aurait pu continuer ainsi si Michele Virgo, le responsable de la confraternité du Saint-Rosaire, qui gère l'Affruntata de Sant'Onofrio, n'avait décidé, en accord avec le curé de la paroisse et après en avoir référé à l'évêque, de mettre un holà aux prétentions de la Mafia. Mgr Renzo avait, quelques jours auparavant, dénoncé lui aussi l'habitude d'attribuer au plus offrant, donc au plus puissant, l'honneur de parader avec les statues dans une manifestation à laquelle il trouve peu de «spiritualité».

De conserve, les trois hommes décident d'annuler les festivités et de les reporter, si les conditions de moralité sont réunies, à la semaine suivante. Ce à quoi les hommes de main des familles évincées ont répondu en arrosant le portail de Michele Virgo de balles de calibre 6,5.

Dénoncer l'infiltration de la Mafia dans les rites et processions religieuses de Pâques peut donc être dangereux. Don Pino Pugliesi, qui voulait faire le ménage dans sa paroisse de Brancario, un quartier mal famé de Palerme (Sicile), l'a payé de sa vie, le 15 septembre 1993. Quelques familles n'ont pas apprécié qu'on veuille les écarter de l'organisation des fêtes de la San Gaetano.

La sociologue Alessandra Dino a recensé, dans son livre très documenté La Mafia devota ("La Mafia dévote", éd. Laterza, mars 2010, non encore traduit en français), les infiltrations mafieuses dans les rites et traditions religieuses au sud de l'Italie. Outre le cas de l'Affruntata, elle analyse les fêtes patronales, qui sont pour les familles régnantes locales l'occasion de percevoir des dons de la part de leurs concitoyens, apeurés par les menaces de rétorsion adressées aux récalcitrants.

Mais outre la perspective financière, ce que cherche la Mafia, c'est la visibilité et l'affichage de son pouvoir. Alessandra Dino écrit:

«Ces moments d'agrégation autour des rites de la tradition sont utilisés encore aujourd'hui comme des instruments pour consolider le pouvoir de la Mafia et faire respecter les hiérarchies secrètes et les rapports de forces clandestins. Pour les mafieux, la procession est devenue le moment où il est possible d'exposer puissance individuelle et familiale. Et cette puissance s'exprime aussi à travers leur poids économique, que chaque habitant comprend immédiatement.»

La décision des autorités ecclésiastiques n'est pas si anecdotique qu'il y paraît. Soupçonnée parfois d'une forme d'indifférence — voire de complicité – avec ces pratiques, l'Église italienne a décidé de faire un exemple du cas de Sant'Onofrio. Dans un entretien au quotidien Il Giornale, Mgr Renzo dénonce «les sommes folles» versées à l'occasion de l'Affruntata et appelle ses ouailles à s'écarter de tout ce qui «n'est pas sacré, à être authentiques et à vivre tranquillement dans l'amour du prochain». Sera-t-il entendu? — Philippe Ridet, article publié dans Le Monde du 13 avril 2010.

En fait, si l'Affruntata ne s'est pas déroulée comme chaque année le dimanche de Pâques, elle s'est finalement tenue à Sant'Onofrio le dimanche suivant, 11 avril 2010, sous importante surveillance policière.

Le préfet de Vibo Valentia,
Luisa Latella, a d'ailleurs clos la manifestation par ces mots: «Oggi qui ha vinto lo Stato ma anche la popolazione di Sant'Onofrio. Si tratta certo di una piccola cosa ma significativa e importante». — Ici, c'est l'État qui a gagné, mais aussi la population de Sant'Onofrio. Certes, il s'agit d'une petite chose, mais elle est importante et significative.»

© L'image n'a aucun rapport avec le sujet. Nous venons simplement de la recevoir de notre ami Francesco Angelini qui est chez nous l'auteur d'un magnifique album sur la Lune. Ici il s'agit de
sa photographie de la galaxie spirale M101, située à trente-et-un millions d'années lumière. Gageons que la 'Ndrangheta n'est pas près d'y mettre les mains. On trouvera d'autres réalisations de cet artiste astronome dans sa galerie publique.

samedi 10 avril 2010

Godard le Neveu


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.


Si l'ouvrage d'Antoine de Baecque, Godard - biographie (Grasset, 2010), mentionne la parenté du cinéaste avec son oncle illustre, le savant naturaliste Théodore Monod, elle ne dit mot de ce même lien avec un frère de Théodore, Samuel William Monod, dit Maximilien Vox, mieux connu de nos lecteurs et visiteurs (1)
. Notre intention n'est pas de souligner ce manque, mais de saisir l'occasion dont cette si riche biographie aurait pu tellement mieux que nous s'emparer pour étayer de féconds rapprochements, ici solidement intuitifs mais bien trop sommaires.

Le cinéaste est né en 1930. Son oncle Maximilien Vox a alors trente-sept ans et déjà une longue activité de dessinateur, graveur, journaliste, caricaturiste, éditeur. Il semble donc impossible que, malgré leurs ruptures familiales passées et à venir, l'oncle n'ait pas tenu l'enfant dans ses bras, par exemple dans cette grande propriété familiale propice aux réunions rituelles des Monod; ni que le futur cinéaste, tenté d'ailleurs un temps par la peinture et doué d'un véritable talent pour le dessin, n'ait pas tenu dans ses mains et sous ses yeux des œuvres graphiques de son oncle. Avec ou sans la complicité active de sa mère Odile Monod, autre figure familiale passionnée par l'image, en l'occurrence la photographie. Il serait instructif, ne serait-ce qu'avec le matériel que nous offrons ici à nos lecteurs — dessins, aquarelles et bois gravés en 1917/1918 par Vox, sans parler de ses logos publicitaires et de son invention de la déclinaison typographique —, de revisiter, à cinquante ans ou plus de distance, cadrages et compositions à la lumière rétrospective des images du jeune neveu. Ou l'inverse.

Outre ce fait qu'ils sont les deux hommes d'images de la famille, une préhistoire unit les deux hommes: leur rejet définitif et brutal de la famille et leurs ruptures violentes, n'hésitant pas devant les provocations que leurs géniteurs et chefs de clan considéreront comme inconcevables ou déshonorantes: l'aîné Maximilien qui, sur la fréquentation de Jacques Maritain, se convertit au catholicisme en 1926, à la grande douleur de son père, le fort important pasteur Wilfred Monod; Jean-Luc aggravant sa fuite de divers vols et délits afin de trouver de l'argent pour son cinéma et pour le reste, qui obligeront la riche famille Monod à d'abord le sortir d'embarras, puis à le rejeter, au point que ni lui ni son père Godard ne pourront assister aux obsèques d'Odile, tous événements fort bien précisés dans le livre d'Antoine de Baecque.

Homme d'image, Vox s'est aussi souvent défini comme un homme de lettre. Son écriture (2) a d'incontestables parentés avec l'élégante ronde que Godard utilise dans nombre de ses films: tous deux certainement, le neveu après l'oncle, passionnés de calligraphie et de mise en page. De même, la présence de feuillets imprimées et de couvertures de livres, activités de prédilection du typographe et éditeur Vox — en particulier aux éditions Bernard Grasset qui publient aujourd'hui cette biographie — défient l'inventaire dans l'œuvre du cinéaste. Godard écrit d'ailleurs lui-même dans Introduction à une véritable histoire du cinéma (Albatros, 1980), p. 35:

«Un atelier qui permette de travailler comme un romancier [...] qui a besoin d'avoir à la fois une bibliothèque pour savoir ce qui s'est fait, pour accueillir d'autres livres, pour ne pas lire que ses propres livres; et en même temps une bibliothèque qui serait aussi une imprimerie. Pour moi, un atelier, c'est un studio de cinéma qui est en même temps une bibliothèque et une imprimerie.»

Qui a vu des images des différents ateliers de Vox, au 76 rue Bonaparte en particulier, à Saint-Germain-des-Prés, quartier godardien par excellence; qui a eu la chance de connaître de près la Monodière, maison dans le village de Lurs, où il entreprit de se retirer par étapes en 1961 — Godard vient de tourner À bout de souffle mais pas encore Le Mépris —, et où le monde de la typographie tint — et tient encore — à se réunir autour de son Chancelier aux rencontres internationales de Lure qu'il fonda dès 1952, celui-là aura précisément vu l'atelier dont rêve ici Jean-Luc Godard. Impossible d'ailleurs que ce dernier n'ait jamais de ses yeux vu ces installations, au moins les germanopratines. Et dont il aura fait l'équivalent exact dans sa maison de Rolle, bien visible dans plusieurs de ses films et dernièrement dans le documentaire d'Alain Fleischer, signalé ici en son temps, Morceaux de Conversations avec Jean-Luc Godard, et
Ensemble et Séparés, sept rendez-vous avec Jean-Luc Godard, aujourd'hui en DVD aux éditions Montparnasse.

Un autre rapprochement que, là encore, nous ne pouvons qu'esquisser, mais dont nous offrons le matériau édité par nos soins, 1954: Mort de Gutenberg (3). Malgré ses aspects fort conservateurs en politique, Vox observe avec acuité, intelligence et passion les progrès de la technologie dans son domaine: il faut lire attentivement ce long entretien avec Jean Giono et le trop méconnu typographe Jean Garcia et la correspondance attenante, où, dès 1952, Vox anticipe si lucidement les possibilités de l'édition en liaison avec ce qui s'appellera bien plus tard la révolution informatique. Sans considérer les élucubrations politiques de Godard — plutôt métaphysiques d'ailleurs et plus conservatrices qu'il n'y paraît, un tout autre débat que nous n'avons abordé que ponctuellement, même si ce point est tout à fait crucial —, on ne comprend rien à l'œuvre entière du cinéaste, poète lyrique bien plus que maître à penser, si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une centrale et formidable méditation sensuelle et sensorielle sur les moyens de production de l'image, et si on ne constate pas que, comme Vox en son domaine, il est l'un des acteurs principaux de sa révolution technique.

Le livre d'Antoine de Baecque montre clairement (pp. 753-756) à quel point le graphiste, typographe et éditeur Jean-Luc Godard a conçu et réalisé de A à Z et dans tous ses détails, depuis la sélection des images, les options de mise en page et de typographie, jusqu'au choix même de la police, son livre Histoire(s) du Cinéma, fils éponyme de son immense travail solitaire, huit films en fusion vidéo sur le cinéma. J'y vois par maints aspects la réalisation concrète du livre dont Vox rêvait quand — 1952: Godard était à la veille de son premier film — il écrivait à Jean Giono (4):

«C'est toute la question du langage, c'est toute la question de l'expression visuelle, de la fixation de la pensée... Notre livre sera un recueil d'exemples et de prototypes qui seront un stimulant et, probablement, une autorité pour deux ou trois générations.»

Et puisque nous en sommes à Godard le Neveu, lisons — films en mémoire — Jean-Philippe Rameau (5):

«Le premier son qui frappa mon oreille fut un trait de lumière. Je m'aperçus tout d'un coup qu'il n'était pas un, ou plutôt que l'impression qu'il laissait sur moi était composée. Voilà, me dis-je sur-le-champ, la différence du bruit et du son. Toute cause qui produit sur mon oreille une impression une et simple me fait entendre du bruit. Toute cause qui produit sur mon oreille une impression composée de plusieurs autres me fait entendre du son».

Ce même Jean-Philippe Rameau, dont l'encyclopédiste Jean le Rond d'Alembert écrivait:

«Il a osé tout ce qu'il a pu et non tout ce qu'il avait voulu oser. Il nous a donné, non pas la meilleure musique dont il était capable, mais le meilleure que nous puissions recevoir».

Des mots qui, paroles pour paroles, nous ramènent à Jean-Luc Godard.

PS. Signalons la proche sortie en avril 2011 de notre essai "Filmer après Auschwitz / La question juive de Jean-Luc Godard", aux éditions Le Temps qu'il fait.


1.
Pour plus de précisions sur tous ces liens, on se reportera à la Descendance de Jean Monod (1765-1836).

2.
L'illustration ci-dessus — cliquer dessus pour l'agrandir — est surtout choisie pour son texte qui trouve son étrange réplique dans la retraite de Godard à Rolle. Transcription:

«[Feuillet précédent: J'admets donc sans humiliation et reconnais mon échec, sinon matériel, du moins mental, à égaler] ceux que ne distrait aucun talent — auxquels, d'ailleurs, ladite absence ne suffit pas toujours à assurer le comble du succès. J'oublie les reproches muets, les lancinantes, les interminables discussions; les souriantes incompréhensions et les dévoûments borgnes. Il y avait beaucoup d'hommes en moi — et certes, pour l'intéressé comme pour les autres, il n'était pas toujours facile de s'y reconnaître.
Sur la plupart de ces hommes, je m'en vais fermer la porte à double tour; après avoir mis la clef sous le paillasson, puissé-je goûter l'illusion de descendre seul les marches qui mènent au recueillement.
Je ne travaillerai plus qu'à mes heures, et dans le respect de mon travail. Que mes amis me pardonnent, ou bien, qu'ils m'oublient: en tous cas, qu'ils donnent la paix à celui qui fut si prodigue de ses soins, de son temps — et de ses nerfs. Si ceux-ci n'ont pas toujours été traités comme il eût convenu, que la quantité, et parfois la qualité des résultats tienne lieu d'excuse.

Pour les comparaisons formelles entre les deux écritures, on pourrait trouver des échantillons plus immédiatement parlants encore. Par exemple, sans chercher assez longtemps:



3. Impossible ici en effet de choisir telle ou telle intuition de cette conversation capitale que j'ai eu la chance de pouvoir reconstituer dans son entier, d'après les tapuscrits dactylographiés, corrigés et envoyés à Jean Giono par Maximilien Vox et ses ajouts manuscrits originaux à moi confiés par un autre frère de Théodore et de Maximilien et autre oncle de Jean-Luc, le regretté Sylvère Monod. L'ensemble ainsi établi a été publié pour la première fois dans ma revue Le Cheval de Troie n° 12, septembre 1995.
Inutile aussi de choisir des fragments, puisque tous ceux qui en sont curieux peuvent le lire ici dans son intégralité, y compris les correspondances attestant de l'avancement du projet, malheureusement jamais réalisé, avec les éditions Gallimard.


4. Où l'on retrouve explicitement la même mention à l'importance des Voix du Silence d'André Malraux que, dès 1951, Godard indique comme un événement majeur dans son itinéraire et, quarante ans plus tard, comme matrice inspirante dans la genèse d'Histoire(s) du Cinéma, films et livre.

5. Tous textes issus du beau livre de Catherine Kintzler: Jean Philippe Rameau, splendeur et naufrage de l'esthétique du plaisir à l'Âge classique, Minerve, 1996.
Ces rapprochements mériteraient d'importants développements. En bref, Catherine Kintzler insiste sur la découverte fondamentale de Jean Philippe Rameau: un son n'a pas de valeur en lui-même mais dans un ensemble articulé. C'est donc un système, tonal ou modal par exemple, que l'oreille entend et non un son ou une suite de sons. À la lettre elle entend l'inouï, le sous-entendu de la musique, elle est un organe critique qui doit savoir décomposer, car le son n'est pas un, dit Rameau, mais trois. Et quand Godard dit: «Même Bresson en est resté à l'enregistrement, et jamais il n'est parti de trois sons pour une histoire. Moi, je me dis maintenant que je dois partir de ces trois sons», ou quand il nous demande de fermer les yeux pour mieux voir la troisième image qui n'est pas là, il est bien de Rameau le neveu.

En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
Si vous préférez le commander aux éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.

© Image: cliquer dessus pour l'agrandir. Passage d'un texte autographe de Maximilien Vox: L'écuelle de bois, mars 1949. Collection privée. Tous droits réservés aux ayants-droits.

Lettre 13: printemps 2010



Notre raison d'être ou
Liber@ Te:
1. Pour Robert Redeker, suite. Y revenir encore et toujours. — 2. Le verrouillage du Conseil Constitutionnel, ou les complices de l'ouverture. — 3. Rafle sur les droits de l'homme?
, une suite à Durban II sur la scène du Conseil des droits de l'homme. — 4. Le timonier de saint Paul, sur les postures et impostures d'un maître à penser: Alain Badiou. — 5. Le printemps de Bagdad, après les élections provinciales en Irak.

Textes invités: 1. Michel Le Bellac et Jean-Marc Lévy-Leblond: Du côté des femmes. — 2. One way? L'heure du choix, un texte de Hervé Kempf, Le Monde, 21 février 2010. 3. L'imam sacrifié, un texte de Caroline Fourest sur Hassen Chalgoumi, imam à Drancy, Le Monde, 28 février 2010. — 4. Taslima Nasreen, la recluse, un texte de Frédéric Bobin, paru dans Le Monde du 8 mars 2010.

Pour une petite histoire de ralentir travaux, notes sur une chronologie et cette fois: Trois ans avec l'internet.

Notre delta fertile:
Italiana: 1. Penser par images: Ferdinando Scianna et son père
(rappel dernier article).
Judaïca:
Texte invité: 1. Laurence Sigal-Klagsbald et Paul Salmona: Les juifs en France, une présence oubliée, Le Monde des 17/18 janvier 2010 (rappel dernier article).
Manhattania/USA: 1. Chine et Iran vs USA: prendre date.
Pour Maximilien Vox, dossier complet.

Notre cinéma:

Les trains de Lumière: 1. Shirin d'Abbas Kiarostami (2010). — 2. Séverin Blanchet (1944-2010), un cinéaste assassiné.
Pour Jean-Luc Godard: 1. Les printemps de Jean-Luc Godard: un coffret DVD, un livre, un film, ou deux.
Pour Frederick Wiseman: 1. Public Housing (1997), une cité noire de Chicago.
Pour Bruno Dumont: Hadewijch, 2009 (rappel dernier article).
Pour Paul Carpita

Pour Raphaël Nadjari (dossier complet).

Nos images, table complète des diaporamas.
— Les derniers: 1. novembre 2009:
Un diaporama collectif accompagne Israël/Palestine, l'entrée de l'hiver, la chronique d'un voyage complexe vers des gens de paix. — 2. Mars 2010: Nouveau diaporama sur La Hague.
— Une sélection: 1. Éveline Lavenu renouvelle régulièrement ses albums de croquis, acryliques et gouaches. — 2. Les quatre épisodes de notre diaporama Manhattan, octobre 2009, suite aux autres albums dans Manhattania.

Nos recettes ou Les Goûts réunis:
1. Zitoni à la tomate et au basilic: les enfants parlent aux enfants.

Nos fictions, publiées ou non: Édits & Inédits, textes souvent assez longs qu'il convient d'imprimer selon les envies.


— Et bientôt, un quinzième dossier: Penser par images.
© Éveline Lavenu, Vaches, acrylique sur toile.