Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 28 octobre 2013

Venise 3. Requiem pour les galériens, 5'40

    Nous reviendrons à l'Arsenal, après ce troisième épisode. Ceux qui ne purent longtemps que traverser la zone interdite en vaporetto se souviennent de ces tezoni, immenses bâtisses de briques et de colonnes antiques recyclées aux longs temps des Doges, où s'inventa la première et très longtemps la plus importante usine du monde. Usine à galères, pour les Croisades,  et où pour le commerce de la ville-monde, la Marine visionnaire affréta dès la fin du XIIIe siècle ses galères à voiles et leurs équipages salariés, capables à la fois de ramer et de combattre les pirates. Ici, sans en comprendre les implicites, le musicien islandais Ragnar Kjartansson implante son installation, spectaculaire et conforme aux consignes performatives de la Biennale, une histoire de chanteur de night-club en smoking. Par bonheur, son amour de la lenteur se mue en hommage inconscient et dérisoire aux armées anciennes.


dimanche 20 octobre 2013

Venise 2. Cendrillon, 4'11

    Deuxième épisode vénitien, opus 82. Il est six heures du matin, devant le bassin de San Marco. Adossé à la fameuse troisième colonne du Palais des Doges, celle dont les condamnés devaient faire le tour sans tomber pour être graciés, dit la légende, je vois se dérouler une scène dont je n'ai filmé que la fin. La trop forte fascination et mon inhibition dans ce relatif désert de l'aube ont retenu la caméra.

    Il en reste néanmoins assez pour figurer en quelques minutes toute la condition féminine, si j'ose le dire, à condition de laisser monter vos troisièmes images, celles de l'imaginaire justement. Au-delà du réel qu'enregistre la machine, entre grâce et solitude, de quelle réalité s'agit-il au juste? Voyage de noces, prostitution, escapade de riches, va savoir.


samedi 19 octobre 2013

Venise 1. Crystal Serenity, 6'15

    Quinze jours à Venise ont donné un cycle de neuf bouts filmés, opus 81 à 89, que nous donnerons à voir en suivant.

    Pour l'histoire drôle autour de cet opus 81, je m'étais bloqué au bord d'un ponton flottant des Zattere, le dos contre la façade extérieure de la station, les pieds contre une grosse bitte d'amarrage. Ballotté ainsi au moindre passage des bateaux, mais en toute sécurité, j'ai pu réaliser ce film, tournant une bonne dizaine de minutes d'où vient ce plan. J'ai ensuite tranquillement rampé vers l'abri, assez content de retrouver ce qu'on appelle le plancher des vaches. Je ne l'avais pas sitôt rejoint qu'un vaporetto est arrivé, et le servant a lancé son cordage sur cette bitte. Ce n'est qu'alors que j'ai compris qu'il aurait pu arriver n'importe quand et que je n'aurais certainement pas pu ni su dégager l'embarcadère à temps. Ou j'aurais reçu le cordage, ou au moins une sacrée remontrance, pour le moins. 

    L'essentiel est de ramener ce plan. Le lendemain, j'appris qu'il y avait eu une grosse manifestation sur ce même quai, quelques heures plus tard, dont j'ai filmé l'affiche en fin de séquence.